Dayna Boyer : du marketing à l'économie du partage

Dayna Boyer : du marketing à l'économie du partage
Fondatrice de The Kitchen Library, une bibliothèque prêtant du matériel de cuisine à Toronto, Dayna Boyer a d'abord travaillé dans le journalisme et le marketing, avant de lancer son concept, qu'elle souhaite désormais voir fleurir dans d'autres grandes villes.

Lorsque l'on habite une grande ville et que l'on est un amoureux de la cuisine, il faut vite apprendre à faire des concessions. En effet, les quelques mètres carrés qui vous servent de cuisine ne laissent généralement pas la place de ranger un robot, un grill ou encore une sorbetière. Face à ce constat, Dayna Boyer a réadapté le concept de la bibliothèque au domaine de la cuisine en fondant The Kitchen Library, à Toronto.

Contre une participation de 9 $ (environ 7 €) pour un mois, les adhérents peuvent emprunter toutes sortes d'ustensiles et d'équipements de cuisine (moules, fontaine à chocolat, déshydrateur, machine à pâtes ou à pain...), pendant 7 jours, mais également suivre des ateliers cuisine. Mais si Dayna Boyer travaille à plein temps sur ce projet, depuis 2013, sa carrière professionnelle a débuté par le journalisme et le marketing, avant une reconversion dans le secteur de l'économie du partage (sharing economy). Ayant accepté de répondre à nos questions par e-mail, elle revient sur son parcours et la construction de The Kitchen Library.

  • Après des études et un début de carrière dans le journalisme, tu as changé de secteur pour travailler dans le marketing. Pourquoi avoir quitté cette profession et comment as-tu évolué vers le marketing ?

J'ai commencé ma carrière dans le journalisme alors que je finissais ma licence, parce que l'opportunité d'intégrer un magazine national s'est présentée et je ne pouvais évidemment pas la refuser. Le sort a voulu que je sois placée au département web, au sein duquel j'ai acquis de nombreuses compétences transmissibles en écriture web, en marketing pour les réseaux sociaux et en SEO (optimisation pour les moteurs de recherche). A partir de là, la transition vers le marketing a été facile. Mais je ne m'épanouissais pas dans ce travail et je savais, au plus profond de moi, que j'étais une entrepreneuse. J'avais juste besoin d'une révélation, de trouver l'idée.

  • A quel moment t'es venue cette "révélation", l'idée de The Kitchen Library ?

La véritable illumination m'est venue lorsque j'ai été présentée à The Toronto Tool Library (une bibliothèque d'outils de bricolage). J'ai commencé à réfléchir à toutes les différentes choses qui pourraient être adaptées au format bibliothèque et je me suis arrêtée aux appareils de cuisine. Étant moi-même une personne aimant cuisiner et qui vit dans un petit appartement à Toronto, je n'avais définitivement pas la place pour les appareils que je voulais. Et en regardant tous les autres appartements de la ville, je me suis rendue compte que je n'étais pas la seule.

  • As-tu eu besoin de te former afin de fonder The Kitchen Library ?

Heureusement pour moi, mon dernier emploi était dans une université de Toronto (George Brown College). Donc j'avais accès à toutes sortes de cours sur mon temps libre. Je me suis donc principalement concentrée sur les cours tournés vers le web et le marketing.

  • Comment tes anciennes expériences professionnelles t'ont-elles aidé dans ce projet ?

Bien que le journalisme et le marketing semblent être à mille lieues de l'économie du partage, nombreuses sont les compétences transmissibles qui m'ont aidé tout au long du chemin, comme le marketing pour les réseaux sociaux, la construction et la maintenance de sites web. Et les compétences d'écriture sont toujours utiles.

  • Face à quels types d'obstacles as-tu été confrontée dans l'élaboration de ton projet ?

Comme pour lancer n'importe quelle entreprise, il y a beaucoup de petits obstacles à surmonter, mais les plus importants ont été l'espace et le stock. Sachant que 90% de notre stock provient de dons, je savais que communiquer sur The Kitchen Library était essentiel pour débuter. C'est là que ma formation en marketing et en médias sociaux est devenue un sérieux atout. De plus, mon réseau familial et amical a été encourageant. Ils se sont ralliés à l'idée et ont collecté des dons pour nous.

  • Pourquoi avoir choisi la forme d'une entreprise à but non lucratif ?

Historiquement, les bibliothèques ont toujours été des entreprises à but non lucratif et je suppose que The Kitchen Library ne devait pas déroger à la règle. De plus, il y a de nombreux avantages à être à but non-lucratif. Nous avons réussi à construire une équipe de bénévoles passionnés et les gens préfèrent souvent donner leurs appareils inutilisés à une entreprise à but non lucratif que de les jeter ou de les donner à une firme dégageant des bénéfices.

  • Quelles sont les différences majeures dans l'organisation d'une entreprise classique et celle d'une organisation à but non lucratif ?

Notre entreprise est dirigée par un bureau de directeurs composé des personnes les plus intelligentes, inspirantes et encourageantes avec qui j'ai eu le plaisir de travailler. Et parce que tout le monde vient de formations professionnelles complètement différentes, cela est incroyablement utile d'avoir différentes perspectives pour résoudre des problèmes et trouver de nouvelles idées.

  • The Kitchen Library s'inscrit complètement dans l'économie du partage. Quelles sont, pour toi, les bases de cette économie ?

Nous commençons tout juste à tirer parti de la totalité du potentiel de l'économie du partage et voir en quoi cela pourrait façonner le monde. Alors que la tendance continue à aller vers les petits espaces de vie due aux villes grandissantes et au prix de l'immobilier, je vois les projets de l'économie du partage tel que The Kitchen Library comme une nécessité pour les personnes vivant dans n'importe quel centre urbain.

  • Comment t'impliques-tu dans cette économie en tant que fondatrice de The Kitchen Library ?

Développer The Kitchen Library est définitivement un de nos objectifs, et je suis heureuse de le présenter à d'autres villes densément peuplées autour du monde.

Par ailleurs, Dayna Boyer et son équipe invitent les personnes souhaitant développer un espace similaire à The Kitchen Library dans un autre pays, à les contacter, afin de les guider dans leurs démarches. De même, le site de l'enseigne présente l'inventaire complet des équipements disponibles, ainsi que les différentes formules d'adhésion.

* Crédits Photos : Lisa Tait

Article rédigé le 27/01/2015 par Nawal Lyamini Histoires de Femmes, Working Girl, Home, Portraits & Interviews 0 1216

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