Le skate, une arme d'éducation massive de Kaboul à Johannesburg

Le skate, une arme d'éducation massive de Kaboul à Johannesburg

* Photo extraite du site Skateistan montrant une jeune skateuse devant l'emplacement du Bouddha de Bâmiyän détruit par les Talibans en 2001.

Pas facile de s'imaginer qu'une planche et quatre roues suffisent à ouvrir de nouveaux horizons et devenir le relais de programmes liés à l'éducation, au développement personnel et artistique. Si aujourd'hui les résultats des programmes de Skateistan parlent d'eux-mêmes, le concept de cette ONG a pourtant de quoi surprendre.

En 2007, Oliver Percovich part en Afghanistan et dépose temporairement ses bagages et son skateboard à Kaboul. Face à ce skater professionnel et ses figures réalisées dans les rues de la capitale dévastée, la population est surprise et intriguée, dont quelques jeunes qu'il va rapidement initier à ce sport, avant de le développer dans le pays. Deux ans plus tard, la première école de skate est créée à Kaboul, ouverte aux garçons comme aux filles, pour qui la majorité des sports est interdite, notamment à cause des règles vestimentaires auxquelles elles doivent se plier dès leur plus jeune âge. Privées de vélos, elles ont ainsi trouvé refuge dans le skate, qui s'est depuis fait une place dans la culture afghane.

Le skateboard comme outil éducatif

Mais au-delà de permettre à ces enfants de jouer et de retrouver une certaine liberté de mouvement et d'expression, Skateistan les éduque et leur rouvre les portes des circuits scolaires classiques desquels ils ont été exclus. Aussi, skater devient une motivation et une raison de fréquenter l'école que l'ONG a installée près du skatepark. Le but est que chaque enfant ou adolescent voulant progresser dans ce sport doit en parallèle suivre les cours dispensés par la structure, traitant de manière ludique des thématiques comme la santé, l'hygiène, les droits de l'homme, en parallèle de matières « classiques » (histoire, géographie…) et d'activités créatives.

Déjà présente dans le pays depuis plus de sept ans au travers de deux écoles, Skateistan a aussi pour vocation de laisser les jeunes s'exprimer, prendre confiance en eux et se placer comme de futurs acteurs de leur communauté. Une fois ados, les anciens élèves deviennent mentors et initient les plus jeunes. Plus à même de comprendre les enjeux de la société dans laquelle ils vivent, certains intègrent ensuite le programme des Youth Leaders (leaders de la jeunesse). Ils deviennent alors le relais de la jeunesse auprès de leurs communautés, de leurs cadets, mais aussi des autorités, des institutions et des associations étrangères, comme c'est le cas de Madina, l'une des premières élèves de Skateistan.

Alors vendeuse de babioles dans les rues de Kaboul, cette jeune fille a intégré l'école à l'âge de sept ans. À quatorze ans, elle est depuis devenue l'une des premières Youth Leaders à endosser, occasionnellement, le rôle de porte-parole de la jeunesse afghane auprès du parlement et de certains membres du gouvernement. Au-delà de cette mission, certains Youth Leaders deviennent des salariés permanents de Skateistan, enseignant dans les classes ou menant des actions autour du skate. C'est d'ailleurs dans ce cadre que les premières planches afghanes ont été fabriquées dans le pays, dans les ateliers de l'association.

Skateboards sans frontières. Fière de son travail maintes fois primé, l'ONG a continué son projet en dehors de l'Afghanistan, installant une école au Cambodge puis en Afrique du Sud dans des quartiers défavorisés. Aujourd'hui, 1 500 élèves fréquentent les rampes de ces écoles hors du commun, qu'ils ont ensuite visiblement du mal à quitter. La preuve, déjà vingt-neuf anciens élèves sont encadrants salariés de l'association.

Pour aller plus loin

  • The State of Skate par Ride Channel : documentaire de 8 min (en anglais) tourné en 2015 présentant la genèse de l'association, les activités et les valeurs portées par l'ONG.
  • Skateistan : Four Wheels and a Board in Kabul : documentaire tourné durant l'année 2009. Il suit Oliver "Ollie" Percovich et Sharna Nolan dans la création de la première école en extérieur, créant les fondations de Skateistan. (Bande annonce en anglais)
  • Skate Girls of Kabul par la photographe Jessica Fulford-Dobson : cette série de portraits de jeunes skateuses entre 5 et 16 ans a été réalisée dans l'école Skateistan de Kaboul. La photographe revient sur ce voyage dans une interview à la BBC pendant laquelle les clichés sont visibles (seules deux photos sont visibles sur le site de l'artiste).

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