Les femmes dans les comics selon Sophie Bonadè

Les femmes dans les comics selon Sophie Bonadè
Membre du collectif Les Siffleurs, Sophie Bonadè est tour à tour dessinatrice, éditrice et thésarde. De son stand au festival malouin Quai des Bulles, elle décrypte pour nous, les représentations des femmes dans les comics américains.

Alors que le festival Quai des Bulles à Saint Malo vient tout juste d'ouvrir ses portes, j'ai rejoint la jeune dessinatrice Sophie Bonadè sur le stand du collectif Les Siffleurs, qu'elle a cofondé en 2014. À cette époque, elle est alors étudiante en master Bande dessinée à l’École européenne supérieure de l'image (EESI), où elle rencontre dès la première année, ses futurs collaborateurs : Hugo Huaulmé, Margaux Chetteau et Émilie Sanchez.

Après s'être testés à l'édition dès leur deuxième année d'étude avec la création du recueil Nox, les quatre artistes passent à la vitesse supérieure et se lancent dans la grande aventure des Siffleurs, une maison d'édition indépendante tournée vers le fantastique. Après avoir assumé la production de leur premier ouvrage, du reliage à la couverture sérigraphiée, Les Siffleurs sont passés du projet étudiant à un collectif professionnel, dans lequel Sophie assume le rôle de trésorière. « Je m'occupe des dossiers de subventions. Je vérifie qu'on rentre dans nos frais, qu'on a bien payé les factures. Je suis en contact avec les imprimeurs ». En revanche, la création est l'affaire de tous, sans aucune hiérarchie quant aux thèmes abordés ou à la marche à suivre. « Ce n'est pas toujours à l'unanimité. Mais on discute. On fait des compromis ».

Des héroïnes à l'image de leur père

Mais le travail de Sophie au sein des Siffleurs, aussi bien en tant que dessinatrice que trésorière, est un loisir, « un à côté très sérieux », comme la jeune femme le décrit. Car si certains des membres du collectif font du dessin leur activité principale, Sophie se tourne quant à elle vers l'enseignement universitaire. Aussi, elle travaille sur sa thèse dont une partie est consacrée à la place des femmes dans les comics américains. Mais pour cela, elle joue les équilibristes, passant de la littérature à la sociologie. « En fait, il n'y a pas d'endroit où l'on peut faire une thèse en bande dessinée. Il n'y a pas de section bande dessinée à l'université. Donc, j'ai fait un master littérature à l'EESI. Et comme je voulais m'intéresser aux représentations des femmes, je me suis tournée vers la sociologie ». Mais le cumul des genres ne s'arrête pas là puisque Sophie a également intégré des études en langues étrangères, travaillant « purement sur un corpus américain avec les comics books et les adaptations de récits de superhéros américains ».

Ce sujet, elle le connaît sur le bout des doigts, prenant parfois le rôle d'intervenante comme lors du colloque « Masculin/Féminin : la question des genres dans le cinéma et les séries anglophones », qui se tenait à Arras en septembre dernier. Là, elle y animait une conférence sur le thème de l'absence maternelle dans les films et séries de superhéros. Dans ce type de récits, « on se concentre avant tout sur la transmission du père. Souvent, ce qu'on va critiquer dans les images des superhéroïnes, c'est qu'elles sont très soumises à l'image du père. Et effectivement, tant que l'on n’aura pas trouvé une transmission mère à fille dans ces récits, peut-être que cela bloquera aussi la possibilité pour les femmes d'être des héroïnes à part entière ». En revanche, elle nuance ses propos en appuyant sur le fait que la transmission des savoirs ne doit pas se faire uniquement des femmes aux femmes et des hommes aux hommes.

Mais les récits de superhéros posent toutefois la problématique de l'héritage matriarcale, quasi inexistante dans ce type d'ouvrage. « En tous cas, ils n'arrivent pas à en développer un. Et cela montre effectivement que la culture est très marquée par le fait que ce sont les hommes qui transmettent les valeurs ». Un phénomène qui tend à s'estomper au vu de séries récentes comme Arrow, dans laquelle la mère occupe une place plus importante, bien que le père soit omniprésent dans la première saison. Pour l'artiste, cette image de la mère et de la femme dans les comics est aussi un héritage du passé. « Pendant longtemps, l'homme était celui qui transmettait les terres, l'argent… Même en France, les femmes ont le droit d'avoir un compte en banque depuis 50 ans. Donc c'est quelque chose qui reste, vu qu'historiquement les mères ne transmettent pas de patrimoine. Et dans les récits de superhéros, il y a une question de patrimoine parce qu'il est question de protection de villes, de territoire ». Une autre raison vient s'ajouter à ces arguments, à savoir la distribution des rôles entre le père et la mère. « Comme la mère donne naissance, il faut que le père ait aussi son rôle à lui ».

Dans le monde de Sophie, les super pouvoirs n'existent pas

Si la thésarde étudie les superhéroïnes sous toutes les coutures, elle n'en a pas fait l'objet de son travail personnel. Son univers à elle, elle le dédie à des personnages réalistes et sans super pouvoirs. Elle mêle ses recherches à son art en croquant presque uniquement des femmes et s'en défend en disant « qu'assez de gens travaillent sur des personnages masculins ». Si ces derniers ne sont pas inexistants dans les cases qu'elle dessine, ils ne tiennent que rarement le rôle principal.

À la protection du territoire, de la veuve et de l'orphelin, elle préfère s'attaquer à d'autres sujets parfois considérés comme "hors norme". Dans ses bandes dessinées, elle aborde ainsi l'homosexualité féminine et masculine, mais aussi le sexisme « sans en faire le thème principal. Par contre, cela est un sous-texte dans toutes les histoires ».

Présente sur le stand de l'éditeur Les Siffleurs, Sophie Bonadè exposera son travail et celui des autres artistes du collectif au festival de BD Quai des Bulles, qui se tiendra à Saint-Malo jusqu'au 25 octobre. Elle sera également au festival de la BD de Colomiers du 13 au 15 novembre prochain, au BD Boom de Blois du 20 au 22 novembre et au Festival d'Angoulême du 28 au 31 janvier 2016.

Et pour connaître les activités du collectif, un petit tour sur leur page Facebook vous permettra de suivre la création des mini-livres édités tout au long de l'année ou celle de la revue annuelle Spectres, pouvant être commandés en envoyant un simple mail au collectif (de préférence sur leur messagerie Facebook).

Article rédigé le 23/10/2015 par Nawal Lyamini Portraits & Interviews, Histoires de Femmes, Home 0 1399

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