Pas de femmes nominées au Grand Prix du festival de BD d'Angoulême

Pas de femmes nominées au Grand Prix du festival de BD d'Angoulême
Événement majeur dans le monde de la bande dessinée en France, le Festival d'Angoulême est aujourd'hui au coeur de la polémique, la sélection de son Grand Prix étant jugée comme sexiste. Pour cause, la liste des nominés est 100 % masculine.

Décerné depuis 1974, le Grand Prix du festival d'Angoulême récompense l'ensemble du travail d'un dessinateur ayant contribué à faire évoluer le 9e art. Depuis sa création, il a ainsi célébré l'oeuvre complète de Moebius, d'Enki Bilal, de Gotlib, Zep ou plus récemment Georges Wolinski, de Willem et de Katsuhiro Otomo, créateur d'Akira. Jusque là tout va bien… Sauf si l'on se penche un peu plus sur la liste des lauréats de ces 40 dernières années.

Si Claire Brétecher a reçu le Grand Prix du 10e anniversaire en 1983, Florence Cestat est la seule gagnante du Grand Prix d'Angoulême. Mais si les 189 artistes membres du Collectif des créatrices de bande dessinée contre le sexisme espéraient un changement radical dans la sélection opérée par la direction artistique du festival, la liste des nominées publiée récemment leur a laissé un goût amer.

30 dessinateurs, 0 dessinatrice

Si Marjane Satrapi et Posy Simmonds étaient nominées l'année passée, elles ont disparu de la sélection 2016 sans être remplacées par d'autres dessinatrices. Interrogé par le journal Le Monde, Franck Bondoux, délégué général du festival d'Angoulême, a justifié cette absence féminine par l'histoire de la BD et de l'art en général.

Le concept du Grand Prix est de consacrer un auteur pour l’ensemble de son œuvre. Quand on regarde le palmarès, on constate que les artistes qui le composent témoignent d’une certaine maturité et d’un certain âge. Il y a malheureusement peu de femmes dans l’histoire de la bande dessinée. C’est une réalité. Si vous allez au Louvre, vous trouverez également assez peu d’artistes féminines.

N'en déplaise à Franck Bondoux, la comparaison avec les collections du Louvre reste douteuse compte tenu du fait que le musée ne présente pas ou peu le travail d'artistes contemporains. En revanche, le Centre George Pompidou regorge d'oeuvres créées par des femmes depuis le début du 20e siècle, des femmes ayant largement contribué au développement de l'art moderne. De même, si les dessinatrices éditées étaient peu nombreuses il y a 30 ans, elles se comptent par centaines aujourd'hui. De même, l'âge et la durée de la carrière ne sont pas des conditions requises pour obtenir ce prix. Pour preuve, Zep l'a obtenu 12 ans après sa première publication, à l'âge de 37 ans. En 1987, Enki Bilal, alors âgé de 36 ans, s'est vu lui aussi remettre le Grand Prix 15 ans après son premier album publié.

Boycott du Grand Prix et nouvelles nominées

Dans un billet publié sur le blog du collectif, les Femmes Interdites de BD (FIBD) comme elles se sont surnommées en détournant l'acronyme du festival d'Angoulême, font un triste constat. « On nous tolère mais pas en haut de l'affiche ». Elles rappellent également qu'elles ne sont pas uniquement privées d'une récompense à ranger dans ses étagères.

Ce prix n'est pas seulement honorifique, il a un impact économique évident : les auteur.e.s vont être mis en avant médiatiquement, la distinction aura un impact sur la chaîne du livre dont bénéficieront libraires, éditeurs… et l'auteur primé.e.

Appelant à boycotter le vote pour le Grand Prix (accessible aux internautes), le collectif a entre autres été rejoint par 9 des nominés, dont Milo Manara et Riad Sattouf, préférant se retirer de la sélection ne se retrouvant pas dans les valeurs sous-entendues.

Bonjour! J'ai découvert que j'étais dans la liste des nominés au grand prix du festival d'Angoulême de cette année....

Posté par Riad Sattouf sur mardi 5 janvier 2016

Face à cette débâcle médiatique et au boycott annoncé par les auteur.e.s, le festival d'Angoulême a toutefois préféré modifier sa liste des nominés pour y ajouter des auteures de BD, sans qu'aucun des 30 dessinateurs ne soit retiré de la liste des nominés. Cette dernière sera publiée dans les prochains jours. Mais en attendant, nous vous invitons à découvrir le portrait de Sophie Bonadè, une jeune auteure de BD, cofondatrice du collectif Les Siffleurs et également en préparation d'une thèse sur la place des femmes dans les comics américains. À (re)découvrir également sur Femme in the City : l'interview de la dessinatrice de presse Nadia Khiari, aussi connue sous le pseudonyme de Willis from Tunis

* Dessins extraits du site du Collectif de créatrices de bande dessinée contre le sexisme et réalisés par Florence Cestat (couverture et 1er dessin) et Julie Maroh (dessin ci-dessus).

Article rédigé le 06/01/2016 par Nawal Lyamini Société, Histoires de Femmes, Home 0 1193

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